Témoignage d'une vie : Louis Chiorino dit Le Dauphiné

Résidant au cœur du Pays des Écrins, Louis Chiorino dit Le Dauphiné, est aujourd'hui un personnage emblématique du territoire.

Sollicité par monts et par vaux, il n'est pas rare de croiser son image au travers d'une cérémonie d'ouverture, d'une célébration à la télévision, d'une démonstration de savoir-faire en Corée, au Canada ou en Suisse.

Louis Chiorino Dit Le Dauphine Accueil 400x800Né le 10 avril 1927 à L'Argentière-La Bessée, il est élevé dans le milieu du bois, toujours à courir entre les ouvriers de l'entreprise de menuiserie de son père.

« À cette époque, les enfants réalisaient le même travail que leur père, la question d'un autre avenir professionnel ne se posait pas ! »

Ainsi, à l'âge de 13 ans, Louis alla passer son certificat d'étude en menuiserie à Grenoble, à l'école technique Vaucanson, mais fut vite interrompu dans son entreprise.

D'abord, il se coupe un doigt lors de son apprentissage et doit retourner chez lui, dans les Hautes-Alpes, le temps d'une guérison.

En 1943, lorsqu'il retourne étudier en ville, il est avec ses camarades rapidement expulsé de l'école, prise par les Allemands, cherchant urgemment à se reloger. C'est en avril 1944 que Louis reçoit une lettre informant qu'une épreuve de CAP aura lieu à Grenoble, le 22 mai.

Muni d'un sauf conduit justifiant son déplacement pendant l'occupation allemande, Louis se rendit à l'école la veille de l'examen, en train. Les conditions étaient particulièrement difficiles. La résistance très présente.

L'épreuve terminée, Louis se dirigea frileusement à la gare pour rejoindre Briançon. Rapidement interpellé par l'employé du guichet, il n'y a plus de train ! La résistance avait fait sauter une partie de la voie ferroviaire pour empêcher les Allemands de circuler librement. Où aller ? Son sauf conduit ne lui permettait d'aller seulement qu'à Briançon... À Saint-Romans, chez sa sœur !

Le trajet ne fut pas sans inquiétude... Il n'était pas en règle ! Malgré tout, il arrive à bonne destination sans perturbation. Caché pendant plusieurs jours avec son beau-frère, la vie au pied du massif du Vercors n'était pas un long fleuve tranquille. Les maquisards étaient bien là et les tirs à la mitrailleuse permanents. Louis resta plusieurs mois là-bas, jusqu'à ce que la fin de la guerre soit annoncée à la radio. Puis, rentra chez lui, à L'Argentière, pour intégrer l'entreprise de son père.

Il partit ensuite faire le traditionnel Tour de France du compagnonnage : Lyon, Marseille, Toulouse, Béziers...

Il interrompt son Tour en 1947 et intègre aussitôt l'armée : « L'armée était pour moi une expérience formidable, avec des rencontres et des voyages enrichissants, c'était les vacances ! ». En janvier 1949, son service s'achève et il doit reprendre et terminer le Tour de France.

Louis Chiorino Dit Le Dauphine Musee 2Cependant, son père étant déjà âgé et dans l'attente de la reprise de l'entreprise par son fils, il reprend sa carrière de menuisier, qu'il mènera jusqu'à 60 ans.

Toujours plein de projets, il devient conseiller de l'enseignement technologique des Hautes-Alpes en 1952, il fonde en 1984 la Maison des Compagnons à L'Argentière-La Bessée, réalise plusieurs expositions de ses œuvres dès 1985 et sensibilise les enfants de 13 collèges du département pendant plus de dix ans. A partir de 1996, il participe activement à la réalisation de films sur différentes thématiques liées à la vie en montagne, comme « Les gardiens de refuge », « L'Argentière autrefois... »...

De 1943 jusqu'en 2010, Louis Chiorino a construit tous les refuges que l'on peut croiser dans les Écrins.

Nommé expert en menuiserie de France, Louis parcourt le monde tous les deux ans, pour des démonstrations de son incroyable savoir-faire. Sa motivation première aujourd'hui est de véhiculer son expérience à la nouvelle génération, faire profiter de son savoir, transmettre l'art du métier de menuisier. Il participe d'ailleurs à l'organisation des Olympiades des métiers, concours international rassemblant plus de 60 nationalités.

Louis Chiorino Dit Le Dauphine Musee 1Louis, surnommé Le Dauphiné, continue d'être actif au travers de plusieurs pays et au sein de sa commune du Pays des Écrins, avec encore plus de projets, d'implication dans l'enseignement et dans la participation à des chantiers tous aussi surprenants les uns que les autres. Il laisse des marques de son parcours dans différents endroits du territoire, où il n'est par rare de tomber sur des œuvres témoins de son passage.

Le Dauphiné consacre désormais un temps notoire à ses expositions d'une richesse incroyable : un atelier de menuisier reconstitué en bas de sa demeure, avec tous les outils qu'un menuisier a pu posséder depuis plus d'un siècle et une ambiance étonnante qui nous plonge dans son univers extraordinaire.

Un autre espace muséal est accessible, valorisant toutes les anciennes machines de menuiserie, avec un souci du détail parfaitement appréhendé.

Ces deux espaces de curiosité peuvent être visités en contactant leur propriétaire : Louis Chiorino, au 04.92.23.06.38.

Vous pouvez également vous procurer tous ses films et ses ouvrages, directement auprès de lui.


Rédaction des textes : Justine Garcia

Crédit photos : Justine Garcia